Chronique sur Dans un battement d’ailes d’Amélia Varin

Dans un battement d'ailes

Note : 10/10 

« Postée devant les grilles closes, je soupire, encore en retard… Tous les matins c’est la même histoire, la même rengaine. Je me bats tous les jours avec moi-même, contre mon envie de fuir, fuir sans me retourner, disparaître. Mais j’ai trop peur. Trop peur de ce qui m’attend ailleurs, je suis une lâche. Juste une lâche. Alors, je me lève, prends ma douche, enfile un pantalon et un pull, avale deux tartines de beurre, bois mon chocolat et pars pour le lycée, mon sac sur le dos. Je traîne des pieds. Je baisse les yeux sur mon quotidien, et parfois même je « pleure. Je ne contrôle rien. C’est automatique. Parce que je sais ce qui m’attend, je sais ce qui arrivera aujourd’hui, comme les autres jours. Je sais que demain sera un nouveau cauchemar dont il m’est impossible de me réveiller. Me voilà devant ce portail clos, les yeux embués de larmes. Je secoue la tête, tentant de reprendre contenance. Doucement, je m’éloigne, m’installant sur un banc un peu à l’écart. C’est comme ça tous les matins. En sortant mes écouteurs, je soupire une fois encore et lance la musique. 

La cloche sonne, il est temps pour moi d’aller en cours. Bien contre mon gré, j’éteins la musique, et me dirige vers ma salle de classe, devant le regard réprobateur du surveillant qui ouvre le portail. Je me faufile dans la cohue de l’interclasse et tente de passer inaperçue. C’est devenu une habitude, une seconde nature, baisser les yeux et « rentrer ses épaules, le plus possible. Comme chaque matin, je vais m’installer au fond de la salle, me prenant en pleine face l’ignorance de mes camarades. Je ne sais pas ce que je préfère : l’ignorance ou l’intérêt. Que ce soit l’un ou l’autre, la souffrance me dévaste toujours autant… Je laisse mon regard se perdre à travers la fenêtre, observant les grilles désormais fermées du lycée. Peut-être n’aurai-je pas dû venir aujourd’hui. J’ai comme un mauvais pressentiment.  

Au fur et à mesure que le temps passe, la classe se remplit des bavardages de mes camarades. Mes camarades… Ce mot paraît tellement beau, reflétant une amitié forte, fondée sur une identité commune. Pourtant… Pourtant, j’ai bien l’impression que les mots mentent. Parfois. Mes camarades. Ce n’est qu’une dénomination, parmi tant d’autres, pour qualifier « ces êtres qui partagent un bout de ma vie. Dans la mienne de vie, leur empreinte est vive, presque indélébile. Je baisse les yeux, détaillant du doigt la fine cicatrice qui barre mon poignet. Leur place est tellement grande, tellement prégnante dans ma vie, qu’ils m’étouffent. Parfois. Souvent, peut-être. Mon attention est attirée vers l’extérieur. De nouveau. Comme si le dehors était plus beau que le dedans. Un oiseau s’est posé sur le rebord de la fenêtre. J’ai l’impression qu’il me regarde, qu’il m’observe, me sonde. Il se tourne, bat des ailes et s’envole. La liberté. J’aimerais tellement pouvoir m’envoler. 

Le cours commence enfin et à peine l’enseignant a-t-il demandé le calme que je reçois un bout de papier lancé à travers la classe. Je ne regarde pas ce qui est inscrit dessus. Je sais très bien de quoi il retourne. Toujours la même chose, hier comme aujourd’hui. Aujourd’hui, comme demain. Rien ne changera, jamais. Pas tant que je serais ici. Pas tant que je serais près d’eux. Près de lui. Mon regard se pose de nouveau vers cette légère boursouflure qui orne mon poignet. Oui, j’aimerais tellement pouvoir m’envoler. » 

Elaé 

Résumé : « Le vent souffle, emportant les feuilles mortes. Posé sur le rebord de la fenêtre, l’oiseau prend son envol. J’aimerais tellement le suivre. Planer vers la liberté.  

Même lorsqu’on souffre, qu’on pense qu’il n’existe qu’une seule échappatoire, une petite lueur apparaît. Inattendue. Et doucement, le sourire revient. Tellement beau, tellement vrai, Et c’est en déployant ses ailes, que l’on s’envole vers de nouveaux horizons. » 

Mon Avis 

Avant tout, je remercie Erato Éditions pour l’envoi de ce service presse.  

N’étant pas familière avec la calligraphie de l’auteure, c’est avec l’esprit ouvert que j’ai tout doucement commencé ma lecture. Malgré le fait que ce petit livre contient une vingtaine de pages, il ne fait pas exception à la règle. L’histoire est intéressante tout en étant poignante. « Dans un battement d’ailes » est une pépite d’or qui faut absolument découvrir.  

Je ne vous cacherai pas que tout ce qui était relié à cette nouvelle m’a profondément bouleversé du début jusqu’à la fin. Je n’arrive tout simplement pas à croire que des individus puissent autant se réjouir ou ignorer la détresse des autres. C’est inhumain ! Et dire qu’il ne suffit que d’un simple geste pour changer la vie de quelqu’un pour toujours. La vie est si paradoxale.  

À l’aide de ce récit, Amélia Varin aborde de plusieurs thèmes qui sont toujours d’actualité comme le harcèlement scolaire, la souffrance, l’indifférence. Toutefois, sans ténèbres, il n’y aurait pas de lumière, n’est-ce pas ?! En effet, au fil des pages, trois autres sujets semblent prendre forme tels des éclats lumineux. Évidemment, je pense au pardon, à l’espoir et la résilience. Délicates et saisissantes, on ne peut rester de marbre face à des pensées comme celles-ci.  

Dans « Dans un battement d’ailes », on fait la connaissance d’Elaé, une jeune étudiante qui, après avoir faire preuve d’une grande générosité, se retrouve enfermé dans un cercle vicieux, rempli de haine et de douleur. Pourtant, elle essaie de paraître forte, aux yeux de ses camarades de classe, afin de ne pas leur dévoiler sa sensibilité. Mais, comment y échapper alors que chaque jour Elaé subit les humiliations des autres élèves ainsi que l’animosité de cette personne qui ne cesse de la renfermer dans sa cage dorée ? Attendant le jour où elle pourra afin voler comme un oiseau, la jeune femme n’a pas d’autre choix que d’encaisser. Comment un ami peut devenir un bourreau ? Pourra-t-elle échapper à cette douleur qu’elle ressent constamment ? Deux possibilités s’offrent à elle… 

En ce qui concerne la plume d’écriture de l’écrivaine, elle est fluide et douce à bouquiner. Cependant, à quelques passages, on peut y percevoir une grande rigidité au niveau des mots qu’elle a employé. D’une certaine manière, je comprends pourquoi elle a utilisé cette fougue, c’était une façon de frapper fort afin de faire réagir. D’autant plus qu’à travers ses mots, Amélia est parvenu à livrer de belles morales importantes qui nous poussent à réfléchir plus loin. Sans compter que les moments sont si réalistes et profonds.  

En écrivant cette nouvelle, l’auteure s’est également révélée à nous, se pourrait-il que le scénario soit inspiré de sa propre existence ? Chargé d’émotions « Dans un battement » nous happe dans un tourbillon de sensations en passant par la colère pour aller vers les crises de larmes. Dans tous les cas, il faut comprendre que toute action posée peut provoquer une longue succession de conséquence. C’est ce qu’on appelle l’effet papillon. 

De plus, la narration est à une seule voix, c’est-à-dire, Elaé. À travers ces cinq jours, on suit es instants de la jeune femme, peut-être même ses derniers, sans savoir d’avance ce qu’il a se produire. Oppressante, l’atmosphère a su me donner la chair de poule et plus je voyais le décompte se rapprocher et plus je stressais pour Elaé et l’avenir que la vie lui avait destiné. En outre, l’histoire est séparée, en alternance, par le passé, avant que toute cette situation ne dégénère, et le présent.  

Un dernier mot ?  

Finalement, « Dans un battement » est une courte nouvelle qui mérite qu’on lui laisse une chance. Authentique, il est aussi possible de comprendre que les gens ne sont toujours ce qu’ils prétendent être. Addictif et riche en perceptions, Amélia Varin a su garder toute mon attention jusqu’à la dernière page. Ce petit roman est définitivement porteur d’espoir. Sans prise de tête, l’auteure nous amène dans un univers actuel et véridique. Il va de soi que je vous recommande cette nouvelle, j’espère qu’il vous plaira autant qu’elle m’a plu. Pour ma part, j’aimerais de nouveau retrouver le style d’écriture et les autres publications d’Amélia Varin.  

#Sara

Publicités

Chronique sur Toutes les victimes sont consentantes de Gérard-Noël HESSE

Toutes les victimes sont consentantes

Note : 8/10

« Certaines philosophies nient l’énergie masculine. Elle avait publié un livre sur les religions et découvert à cette occasion qu’il y a plus de cinq mille ans, une femme, la Grande Déesse, était adorée dans la plupart des cultures. Puis progressivement les dieux mâles l’avaient supplantée. L’auteur du livre citait une légende tantrique évoquant l’irruption soudaine d’un phallus géant et destructeur. Ce linga de pierre noire rasait forêts et palais, limait montagnes et collines, perçait les lacs. Les dieux avaient beau envoyer leurs meilleures troupes pour l’arrêter, rien n’y faisait. Enfin, ils s’étaient souvenus de la Grande Déesse, avaient fait amende honorable et lui avaient demandé d’intervenir pour les sauver. La Grande Déesse se manifesta alors dans le ciel, s’empara du phallus géant et le plongea en elle où il connut une jouissance telle qu’elle apaisa totalement sa folie destructrice. Ekaterina voyait dans cette Grande Déesse l’ancêtre des dragons chinois symbolisant depuis des siècles pouvoir de transformation, immortalité, sagesse et chance. Ils vivent cachés parmi les hommes, prennent leur apparence pour y remplir une mission civilisatrice. Ils fusionnent tous les éléments puisqu’ils vivent sous terre ou dans l’eau, qu’ils volent dans les airs et qu’ils crachent du feu. Ils sont le mouvement fondamental, spiralé, ondulant de l’énergie vitale. Ekaterina se sentait dragon.

Un mois s’était écoulé avant qu’elle ne revît Pauline. Dès qu’elle aperçut son amie, elle se sentit coupable de ne pas l’avoir appelée plus tôt. Pauline était ravagée. Ce n’était pas apparent, elle avait toujours son allure de petite fille sage qui donne le change. Mais Ekaterina lisait en elle, la décortiquait comme si elle s’était servie d’un scalpel. Pauline lui avoua qu’elle avait passé la nuit avec Bernard, le critique rencontré lors du vernissage. Et puis plus rien. Elle ne l’avait pas revu. Il ne répondait pas au téléphone. Pauline s’estimait trompée. Plutôt que de la consoler en la renforçant dans ses sentiments négatifs envers Bernard, Ekaterina entreprit de lui montrer la réalité sous un autre jour. Elle n’avait pas vraiment été trompée, tout au plus avait-elle été un trop bon public. Pauline protesta vivement mais Ekaterina n’était pas du genre à lâcher sa proie facilement. Elle lui expliqua avec douceur que si la tradition du carnaval s’était perdue dans nos sociétés modernes, les masques continuaient de proliférer. La vie tout entière n’est qu’un carnaval. Un vernissage ne fait pas exception. L’hypocrisie triomphe. « Je est un autre, rappelle-toi, c’est de Rimbaud, Rimbaud ne peut pas avoir tort. » Ekaterina savait que Pauline était fan de Rimbaud, elle avait marqué un point, son amie était moins crispée, plus disposée à l’écouter. »

Ekaterina

Résumé : « Ils sont cinq : une éditrice, un converti, une étudiante, un président de la République en exercice et un trader en rupture de ban.

Cinq personnages aux origines, aux profils différents. Leur point commun ? Ils vivent en France, aujourd’hui. Ils portent un regard lucide, désabusé, parfois cruel sur notre société. Ils cherchent une source d’espoir pour guider leurs pas et trouver sinon le bonheur, du moins un sens à leur vie. Pas évident dans un monde où les discours s’entrechoquent, les valeurs s’opposent, les perspectives se dissolvent. »

Mon Avis

Tout d’abord, je remercie Marine Mouzelard pour l’envoi de ce service presse.

C’est une lecture assez spéciale, je dois dire. Je n’ai pas l’habitude de bouquiner ce genre de roman, mais il faut bien sortir de sa zone de confort de temps en temps. « Toutes les victimes sont consentantes » nous offre une autre perception de la vie qui peut nous mener à nous questionner sur notre société actuelle au niveau de certains sujets tels que la liberté d’expression ou le libertinage.

Et si toute cette mascarade cachait une ambiance encore plus terrible qu’elle ne l’est déjà ? Pourtant, toutes ces règles ne sont pas présentes pour rien, elles aident à garder l’ordre dans une collectivité qui pourrait se transformer en un véritable chaos sans elles. Cela étant dit, certaines personnes arrivent à les contourner, transformant ainsi la société selon leur vouloir. Par conséquent, les émotions négatives et les restrictions commencent à s’installer au sein de la communauté. Or, à partir de ce moment, ceux qui emprunteront cette voie vont ressentir un besoin de dominer les autres, alors que certains individus se sentiront soumis à ces situations. Devenir une victime ou être un agresseur ? C’est une décision que plusieurs personnes doivent faire s’ils veulent vivre dans cette association publique. Subséquemment,  c’est à travers les yeux de cinq personnages que l’auteur, Gérard-Noël HESSE, démontre cette réalité.

Dans « Toutes les victimes sont consentantes », nous faisons la rencontre de cinq personnes en quête de bonheur. Aussi différents l’un que l’autre, ces individus sont perdus face à cette société qui leur reproche tant de choses. C’est en portant une vision clairvoyante qu’ils vont prendre la décision de partir en quête d’une source d’espoir qui les aidera à voir plus clair dans ce sombre tunnel.

Concernant le style d’écriture de l’auteur, il est élémentaire et distinct. En effet, dès les premières pages, nous entrons dans le vif du sujet. Gérard-Noël HESSE parvient à détailler chaque sentiment éprouvé par les protagonistes principaux. Il écrit seulement ce qui est nécessaire à comprendre.

Ces nouvelles racontent le parcours de différentes personnes, chacune est passée par une voie, mais, au final, ils sont tous reliés ensemble. Sans compter que les pages défilent rapidement, on se laisse facilement embarquer.

Un dernier mot ?

Un recueil de textes qui peut nous aider à ralentir les jugements trop empressés. Une histoire assez singulière, mais intéressante. Poussant à la réflexion, ces écrits peuvent probablement nous aider à comprendre certaines façades de la société actuelle. Une conclusion ouverte qui laisse part à l’imagination du lecteur/lectrice, l’encourageant ainsi à élaborer sa propre position sur la situation.

#Sara