Chronique sur Toutes les victimes sont consentantes de Gérard-Noël HESSE

Toutes les victimes sont consentantes

Note : 8/10

« Certaines philosophies nient l’énergie masculine. Elle avait publié un livre sur les religions et découvert à cette occasion qu’il y a plus de cinq mille ans, une femme, la Grande Déesse, était adorée dans la plupart des cultures. Puis progressivement les dieux mâles l’avaient supplantée. L’auteur du livre citait une légende tantrique évoquant l’irruption soudaine d’un phallus géant et destructeur. Ce linga de pierre noire rasait forêts et palais, limait montagnes et collines, perçait les lacs. Les dieux avaient beau envoyer leurs meilleures troupes pour l’arrêter, rien n’y faisait. Enfin, ils s’étaient souvenus de la Grande Déesse, avaient fait amende honorable et lui avaient demandé d’intervenir pour les sauver. La Grande Déesse se manifesta alors dans le ciel, s’empara du phallus géant et le plongea en elle où il connut une jouissance telle qu’elle apaisa totalement sa folie destructrice. Ekaterina voyait dans cette Grande Déesse l’ancêtre des dragons chinois symbolisant depuis des siècles pouvoir de transformation, immortalité, sagesse et chance. Ils vivent cachés parmi les hommes, prennent leur apparence pour y remplir une mission civilisatrice. Ils fusionnent tous les éléments puisqu’ils vivent sous terre ou dans l’eau, qu’ils volent dans les airs et qu’ils crachent du feu. Ils sont le mouvement fondamental, spiralé, ondulant de l’énergie vitale. Ekaterina se sentait dragon.

Un mois s’était écoulé avant qu’elle ne revît Pauline. Dès qu’elle aperçut son amie, elle se sentit coupable de ne pas l’avoir appelée plus tôt. Pauline était ravagée. Ce n’était pas apparent, elle avait toujours son allure de petite fille sage qui donne le change. Mais Ekaterina lisait en elle, la décortiquait comme si elle s’était servie d’un scalpel. Pauline lui avoua qu’elle avait passé la nuit avec Bernard, le critique rencontré lors du vernissage. Et puis plus rien. Elle ne l’avait pas revu. Il ne répondait pas au téléphone. Pauline s’estimait trompée. Plutôt que de la consoler en la renforçant dans ses sentiments négatifs envers Bernard, Ekaterina entreprit de lui montrer la réalité sous un autre jour. Elle n’avait pas vraiment été trompée, tout au plus avait-elle été un trop bon public. Pauline protesta vivement mais Ekaterina n’était pas du genre à lâcher sa proie facilement. Elle lui expliqua avec douceur que si la tradition du carnaval s’était perdue dans nos sociétés modernes, les masques continuaient de proliférer. La vie tout entière n’est qu’un carnaval. Un vernissage ne fait pas exception. L’hypocrisie triomphe. « Je est un autre, rappelle-toi, c’est de Rimbaud, Rimbaud ne peut pas avoir tort. » Ekaterina savait que Pauline était fan de Rimbaud, elle avait marqué un point, son amie était moins crispée, plus disposée à l’écouter. »

Ekaterina

Résumé : « Ils sont cinq : une éditrice, un converti, une étudiante, un président de la République en exercice et un trader en rupture de ban.

Cinq personnages aux origines, aux profils différents. Leur point commun ? Ils vivent en France, aujourd’hui. Ils portent un regard lucide, désabusé, parfois cruel sur notre société. Ils cherchent une source d’espoir pour guider leurs pas et trouver sinon le bonheur, du moins un sens à leur vie. Pas évident dans un monde où les discours s’entrechoquent, les valeurs s’opposent, les perspectives se dissolvent. »

Mon Avis

Tout d’abord, je remercie Marine Mouzelard pour l’envoi de ce service presse.

C’est une lecture assez spéciale, je dois dire. Je n’ai pas l’habitude de bouquiner ce genre de roman, mais il faut bien sortir de sa zone de confort de temps en temps. « Toutes les victimes sont consentantes » nous offre une autre perception de la vie qui peut nous mener à nous questionner sur notre société actuelle au niveau de certains sujets tels que la liberté d’expression ou le libertinage.

Et si toute cette mascarade cachait une ambiance encore plus terrible qu’elle ne l’est déjà ? Pourtant, toutes ces règles ne sont pas présentes pour rien, elles aident à garder l’ordre dans une collectivité qui pourrait se transformer en un véritable chaos sans elles. Cela étant dit, certaines personnes arrivent à les contourner, transformant ainsi la société selon leur vouloir. Par conséquent, les émotions négatives et les restrictions commencent à s’installer au sein de la communauté. Or, à partir de ce moment, ceux qui emprunteront cette voie vont ressentir un besoin de dominer les autres, alors que certains individus se sentiront soumis à ces situations. Devenir une victime ou être un agresseur ? C’est une décision que plusieurs personnes doivent faire s’ils veulent vivre dans cette association publique. Subséquemment,  c’est à travers les yeux de cinq personnages que l’auteur, Gérard-Noël HESSE, démontre cette réalité.

Dans « Toutes les victimes sont consentantes », nous faisons la rencontre de cinq personnes en quête de bonheur. Aussi différents l’un que l’autre, ces individus sont perdus face à cette société qui leur reproche tant de choses. C’est en portant une vision clairvoyante qu’ils vont prendre la décision de partir en quête d’une source d’espoir qui les aidera à voir plus clair dans ce sombre tunnel.

Concernant le style d’écriture de l’auteur, il est élémentaire et distinct. En effet, dès les premières pages, nous entrons dans le vif du sujet. Gérard-Noël HESSE parvient à détailler chaque sentiment éprouvé par les protagonistes principaux. Il écrit seulement ce qui est nécessaire à comprendre.

Ces nouvelles racontent le parcours de différentes personnes, chacune est passée par une voie, mais, au final, ils sont tous reliés ensemble. Sans compter que les pages défilent rapidement, on se laisse facilement embarquer.

Un dernier mot ?

Un recueil de textes qui peut nous aider à ralentir les jugements trop empressés. Une histoire assez singulière, mais intéressante. Poussant à la réflexion, ces écrits peuvent probablement nous aider à comprendre certaines façades de la société actuelle. Une conclusion ouverte qui laisse part à l’imagination du lecteur/lectrice, l’encourageant ainsi à élaborer sa propre position sur la situation.

#Sara

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