Chronique sur L’amour est dans le champ de Carl Rocheleau

L'amour est dans le champ

Note : 11/10  

 « Le pick-up sort de l’autoroute et emprunte une route perpendiculaire en direction de Saint-Edmond. Le chemin par lequel l’autobus scolaire passait durant toutes mes années à l’école. Il a à peine changé. 

– Le cinéparc est fermé ? 

– Oui, c’est la compagnie de camionnage qui a racheté le terrain. 

Dommage. J’aurais bien aimé y aller cet été. 

Les pâturages, les fermes et les silos à grains se succèdent, et nous nous retrouvons rapidement devant la croix de Notre-Dame, plantée à l’intersection de la route 122 et du rang de l’Église, celui où j’ai grandi. Combien de fois ai-je pédalé jusqu’à cette croix ? Je m’agenouillais devant elle, je m’imaginais la Sainte Vierge et je priais d’être illuminée par la grâce de Dieu. 

Juju l’illuminée, ce serait différent, non ? Je pourrais devenir religieuse, faire vœu de pauvreté et tout le tralala. Je suis si désespérée que je dois considérer toutes les idées, même celles d’une moufette imaginaire en manque d’attention. 

Bientôt apparaissent les indéfectibles roues de charrette qui délimitent l’entrée de la cour de la maison qui m’a vue grandir. Fraîchement repeintes en blanc, à ce que je vois. Comme chaque fois que nous attendions de la grande visite. 

– Tu les as…  

– Oui, juste pour toi. 

Wow. C’est un message clair : ça faisait si longtemps que je n’étais pas venue que je suis aussi étrangère ici que ma tante Gilberte. La pauvre femme nous a visités trois fois en dix-sept ans. Je me demande si elle a lu l’album où je sauve son perroquet qui dit des mots de toilette… Sûrement, et je n’ai jamais su si elle avait aimé mon histoire.  

Je me souviens comme si c’était hier d’une de ses trois visites. Tante Gilberte était venue passer quelques jours à la maison avec beaucoup d’autres membres de la famille. Comme elle ne pouvait pas s’en séparer, elle avait amené son perroquet. Charles, son ami David et moi avions consacré toute la semaine à lui apprendre des gros mots. Je me rappelle avoir été punie pour cette blague, mais le plaisir que m’ont procuré toutes ces discussions téléphoniques où ma mère me rapportait que le perroquet ne cessait de proférer des saloperies – même des mois plus tard – m’a permis d’oublier la conséquence imposée par mes parents. 

Même en ce moment, alors que je descends du pick-up de mon père, je souris en pensant à tante Gilberte et à son grossier perroquet. Et j’éprouve une très brève émotion en évoquant David. Je la repousse au plus profond de moi en résistant à la tentation de demander de ses nouvelles. 

– Julie ! s’exclame ma mère en sortant du chalet, au fond de la cour. 

Mon père disait vrai, ce n’est plus une cabane. Déjà de l’extérieur, la maisonnette a toutes les apparences d’une minimaison très respectable. Et, pour les deux prochains mois, ce sera ma résidence privée ! 

– On t’a tout installé, précise ma mère en m’embrassant avec énergie. Tu vas voir. 

Maman dégage un parfum de thé vert. J’adore son odeur. Elle me rappelle les matins où je me levais avant le soleil. Je descendais l’escalier et m’arrêtais à mi-chemin pour regarder ma mère préparer sa théière. Les yeux fermés, elle saisissait une poignée de feuilles, qu’elle laissait tomber au fond. Ensuite, elle y versait une quantité précise d’eau très chaude, mais pas bouillante. Aussitôt, l’odeur se répandait dans la cuisine. 

Ma mère me tire par la main tandis que mon père descend ma valise du camion. 

On dirait que cette femme a rajeuni. Ses gestes sont souples et énergiques. Je me sens comme une enfant maladroite à côté d’elle. 

L’intérieur du chalet est aussi saisissant que l’extérieur. Les murs sont couverts de lattes de chêne, l’îlot de la cuisinette est taillé dans un bois sombre au vernis mat. Mes connaissances en ébénisterie s’arrêtent là, mais je crois que les armoires sont en acajou. Dans la même pièce, la chambre-salon, où un bel écran plat d’une quarantaine de pouces fait face à un très grand divan-lit couvert de coussins que j’estime très moelleux. Si seulement mes parents savaient le nombre incalculable de soirées que nous avons passées ici, mon frère et moi, avec nos amis, à boire de la bière et à découvrir notre sexualité d’adolescents pleins d’hormones… Vos amis comme David…  

Juju, tais-toi. » 

Julie & ses parents 

 Résumé : « Jeune femme dans la mi-trentaine cherche endroit gratuit où refaire sa vie.  

 Cause : un trou de cul l’a plantée là, et elle n’a qu’un salaire d’illustratrice pour payer son Kraft Dinner 

 Histoire courte : il avait beau se plaindre des films clichés où le prof couche avec son étudiante, ça ne l’a pas empêché de faire pareil.  

Cette femme, c’est malheureusement moi ! Une chance que mes parents ont accepté de m’accueillir à Saint-Edmond, le village qui m’a vue grandir, sinon je me retrouvais à la rue ! Même si je n’ai pas mis les pieds ici depuis des années, parce que je suis une fille ingrate, je me rappelle à quel point c’est beau et paisible.  

 Dès mon arrivée, je constate que, dans ce trou perdu, j’aurai tout mon temps pour travailler. Disons que les distractions sont rares ! Sauf quand tu tombes nez à nez avec ton amour d’adolescence.  

 Le premier gars à m’avoir brisé le cœur.  

 Qui sait, sa personnalité s’est peut-être musclée en même temps que son corps ? » 

 Mon Avis 

Pour commencer, je remercie les Editions de Mortagne pour l’envoi de ce service presse ainsi que de leur confiance en moi.  

Une chose est sûre, c’est que je suis bien déçu de quitter tous ces nombreux protagonistes qui, pendant de longues heures, m’ont fait rire jusqu’à en avoir des crampes au ventre. Sans aucun doute, c’est une histoire rafraîchissante qui a su me changer les idées. « L’amour est dans le champ » se caractérise également par sa couverture originale. En effet, sur celle-ci, on y trouve une femme ronde et heureuse. Il faut savoir que la perfection n’existe pas, nous avons tous des défauts qui nous rend unique en notre genre. Mais, accepter ses failles, c’est être en harmonie avec sa propre personne. Ainsi, c’est à l’aide de cet état d’esprit que Julie, l’héroïne principale, prendra conscience que la meilleure chose à faire est de rester soi-même quel que soit la situation ou les émotions que nous ressentons.  

Vous savez qu’on ne voit pas ça tous les jours un homme qui écrit de la chick-lit ? Et je dois vous avouez que ce n’était pas si terrible à lire, c’est loin d’être une vraie torture…. Rires. Carl Rocheleau aborde de plusieurs pensées importantes dans son récit telles que l’acceptation de soi, l’amour et l’amitié. On y découvre aussi le monde de la littérature à travers le métier de l’interlocuteur principal.  

Dans « L’amour est dans le champ », on fait la connaissance de Julie, une jeune femme âgée dans la mi-trentaine qui décide de s’envoler loin du milieu urbain suite à une rupture avec son petit ami. Ne pouvant pas vivre seulement de sa plume, Julie ne possède pas de stabilité sur le plan financier. Ainsi, pour pouvoir subvenir à ses besoins le temps d’économiser, elle part vivre chez ses parents dans un village portant le nom de Saint-Edmond, durant la saison estivale, à la campagne. Cependant, ce petit voyage n’arrive pas pour rien… En effet, afin de garder son emploi, Julie doit pondre une autre histoire sur les aventures de Juju, sa moufette et héroïne de sa littérature jeunesse, avant la fin de l’été. Plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas ?  

Mais, comment écrire quelque chose sur un sujet qui a déjà été exploité à maintes reprises ? Au fil des jours, Julie va reprendre conscience de ce qui lui manque réellement en ville. Elle va également profiter de cette ambiance naturelle et tranquille pour travailler ainsi que pour s’enraciner de nouveau avec ses origines. Néanmoins, pourquoi Julie a-t-elle quitté précipitamment son petit coin de vie pour aller vivre dans un milieu loin de ce qu’elle connaît ? Et lorsque Julie revoit David, celui qui lui a brisé le cœur il y a vingt ans, elle ne peut que ressentir de la colère pour son ancien amour de jeunesse. Toutefois, chaque contact physique et chaque moment passé ensemble étincèle de nouveau cette ancienne passion qu’ils croyaient éteinte.  

Concernant le style d’écriture de l’auteur, je l’ai trouvé agréable à bouquiner. Je n’ai pas pu détacher mes yeux de ma lecture. Addictif, on se laisse facilement porter par les péripéties de Julie. Au niveau des personnages principaux, ils ont tous un cachet qui les rend spécial aux yeux de tout le monde. Sans compter que Julie est, sans hésiter, une femme pétillante et remplie d’imagination. J’ai adoré chaque instant passé en leur compagnie.  

En plus, plusieurs situations m’ont bien fait rire et d’autre m’ont littéralement brisées le cœur. Au final, j’ai quand même été conquise par l’intrigue et ce qu’elle contenait. Dès les premières phrases, j’ai été ensorcelé par la personnalité de Julie et la calligraphie de Carl Rocheleau. Aussi, saviez-vous que ce village est inspiré de celui de l’auteur ?  

Un dernier mot ?  

Une œuvre littéraire qui mérite sa chance, car elle se caractérise par ses nombreuses aventures. En ce qui concerne le protagoniste de Julie, c’est une femme naturelle avec un tempérament foudroyant. Son franc-parler me faisait souvent rigoler et je ne vous parle pas de Juju… Rires. Deux boules d’énergie. Un bouquin sans suite qui vous fera fondre de bonheur. Il va de soit que je vous recommande « L’amour est dans le champ », j’espère qu’il vous plaira autant qu’il m’a plu. N’hésitez pas à me donner des nouvelles !  

#Sara

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s